Saint-Claude Festival du Haut-Jura Bonaventura Aliotti, Musique baroque

12 juin Église de Saint-Claude

Il trionfo della Morte, Bonaventura Aliotti - Concert mis en espace

Aliotti, Il Trionfo della Morte : l’histoire d’Adam et Ève re-visitée ! 

En 1686, est présentée à la cour de Francesco II d’Este à Modène une oeuvre qui suscite l’admiration de tous : Il trionfo della Morte per il peccato d’Adamo. Ce dialogue, composé et créé en 1677 à Ferrare par Bonaventura Aliotti, confronte Adam et Ève à la tentation, mais aussi à leur passion amoureuse, à leurs tourments et à leurs doutes. Nous découvrons ici l’histoire du péché originel par le prisme des personnages principaux : la dimension humaine – et donc fragile – des états d’âme d’Adam et d’Ève en offre un nouvel éclairage. L’oeuvre débute par un somptueux duo dans lequel ils avouent s’aimer d’un amour que rien ne peut dissoudre. Mais la Raison met Adam en garde : l’amour terrien est le père des remords. Elle lui demande donc de s’éloigner d’Ève et de rester fidèle à son créateur. La Mort, qui rôde sans pouvoir entrer dans le jardin, s’associe à Lucifer dans le but de régner sur le monde. Le Sens, aliéné jusque là par la Raison, se rebelle également. Lucifer se rend auprès d’Ève pour la tenter. Elle croque le fruit défendu, et use de ses charmes pour faire vaciller Adam – qui finit par céder en l’entendant chanter son désespoir dans un sublime lamento : « Que puis-je espérer, si mon amour n’est pas partagé. ? ». Bonaventura Aliotti est un frère franciscain sicilien également connu sous le nom de Padre Palermino. Il se forme à Palerme, se rend d’abord à Modène, puis à Ferrare en 1675. Il y est employé en tant qu’organiste par l’Accademia della Morte. Les Traversées Baroques proposent ici une découverte musicale exceptionnelle : rappelant volontiers l’opéra, cette oeuvre alterne récitatifs courts, duos, airs, choeurs et arias accompagnati, autant de joyaux musicaux pour une construction musicale très aboutie. Des pages sublimes et totalement inconnues, qui ne méritaient aucunement de tomber dans l’oubli. À découvrir absolument !

Dijon Festival Scènes Occupations The wind, ciné-concert

24 juin Parvis Saint-Jean

Un ciné-concert décoiffant vous est proposé ici... Musique d'Etienne Meyer, film de Victor Seastrom (1928) 1h10

The Wind, une musique qui décoiffe !

Une création musicale d’Étienne Meyer, un film de Victor Sjöström. Sublimé par la remarquable Lillian Gish, l’une des stars les plus marquantes de son époque, The Wind raconte l’histoire de la jeune Letty qui, devenue orpheline, quitte sa Virginie natale pour vivre chez son cousin au Texas. Elle découvre qu’il vit chichement dans une région très inhospitalière et isolée, où le vent souffle en permanence. Poussée par une parente jalouse, Letty doit épouser un modeste cowboy, Lige. Une tempête de sable éclate alors que ce dernier part en expédition. Livrée à elle-même, Letty est rejointe par un ancien soupirant… La dureté des habitants se double d’un environnement hostile, rythmé par d’hallucinantes tempêtes de sable qui ponctuent le film d’une manière remarquable. C’est un drame puissant assez lourdement chargé en métaphores : le vent qui souffle en permanence symbolise ici la concupiscence masculine à laquelle la jeune fille se refuse. Tourné aux États-Unis en 1928 dans le désert de Mojave, ce film fut réalisé dans des conditions extrêmes particulièrement éprouvantes pour les acteurs, du fait de la chaleur (50°C) et du vent constant créé par huit moteurs d’avion qui projetaient parfois des cendres incandescentes sur les acteurs… Les films de Sjöström attireront l’attention de l’avant-garde française des périodes de 1923 et 1930 grâce à leur réalisme minutieux, au jeu subtil des acteurs – dont l’expressivité des visages reflète la psychologie des personnages – et à l’utilisation audacieuse des paysages. The Wind est un chef d’oeuvre du cinéma muet au souffle lyrique bouleversant qui a inspiré une partition brillante au compositeur et chef d’orchestre Etienne Meyer. Il dirige ici un ensemble pour le moins original : violon et violoncelle baroques, cornet à bouquin, piano et percussions qui soulignent à la perfection et en direct ce film puissant dont on ressort quelque peu décoiffé…