Nous vous proposons de venir jeter une oreille aux répétitions du programme Strozzi, qui seront publiques : vous pourrez ainsi (re)découvrir la chapelle Sainte-Anne, où nous profiterons aussi bien de l’acoustique splendide que de la fraîcheur des lieux en cette période estivale… Venez flâner dans le musée d’Art sacré aux sons du théorbe, de l’orgue, du clavecin, du violon baroque et du cornet à bouquin qui accompagneront Anne Magouët. Les répétitions sont  ouvertes au public. Elles auront lieu pendant les horaires d’ouverture du Musée d’Art sacré de Dijon, entre 9h30 et 12h30, puis entre 14h et 18h.

Vous pourrez y découvrir un très beau tableau sorti tout spécialement des réserves du musée des Beaux-Arts de Dijon : Sainte-Cécile et l’ange, un tableau peint par Bernardo Strozzi. La raison ? Voici :

« Dans ce portrait d’une violiste conservé à Dresde, Bernard Strozzi (1581 – 1644), a représenté une femme sensuelle en vêtement décolleté, un sein découvert, le visage maquillé, la chevelure défaite ornée de fleurs. Elle tient une viole et a posé un livre de musique et un violon. En 1981, David et Ellen Rosand ont proposé de reconnaître ici le portrait de Barbara Strozzi… Le sein découvert et les fleurs seraient le symbole de l’abondance et une figure allégorique de Flore, à laquelle Barbara Strozzi voulait s’identifier, selon l’usage des belles courtisanes Vénitiennes.

Ce portrait supposé comme étant celui de Barbara Strozzi ressemble de manière déconcertante à d’autres modèles du peintre, représentant Sainte-Cécile, à la signification opposée, où la présence de la musique veut signifier l’élévation spirituelle détachée du monde matériel. Strozzi peint une quinzaine de fois une Sainte Cécile.

Sainte Cécile et l’ange – Transfert à la Ville de Dijon : Musée du Louvre, Paris. Dépôt de l’État de 1812, transfert définitif de propriété à la Ville de Dijon, arrêté du Ministre de la Culture du 15 septembre 2010 @ Musée des Beaux-Arts de Dijon/Hugo Martens

La Sainte Cécile représentée dans la Galleria di Palazzo Bianco ressemble indubitablement à la chanteuse Barbara Strozzi,et tient sa viole de la même manière. La version qui se trouve au musée des Beaux-Arts de Dijon, cadrée de plus près, montre Sainte Cécile subtilement inspirée. Elle tient sa palme de martyre et c’est l’ange qui regarde sa poitrine qui retient la même basse de viole. Sa couronne de fleurs rappelle les emblèmes habituels de la sainte. Même si l’expression du visage veut exprimer l’extase, l’artiste a du mal à nous éloigner de la filiation avec une Flore vénitienne. Lorsque le collectionneur dijonnais Magnin acquit ce tableau au 19e siècle, il critiqua ce tableau, qu’il trouvait trop sensuel et trop proche d’une Flore…  » Extrait tiré de l’article Amour sacré, amour profane : Sainte Cécile et les femmes musiciennes dans la peinture du 17e siècle, Florence Gétreau (6è cahier dAmbronay).

 

Barbara Strozzi a-t-elle servi de modèle à ces deux tableaux ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Mais vous pourrez contempler ce tableau de Sainte Cécile et l’ange par Bernardo Strozzi, exposé pour ces répétitions…

Bernardo Strozzi, Sainte Cécile et l’ange, avant 1630

Partageant sa carrière entre Gênes et Venise, Bernardo Strozzi (Gênes, 1581 – Venise, 1644) est l’un des artistes phares de la peinture italienne de la première moitié du 17e siècle. Peintre reconnu dont le style s’inspire fortement des œuvres de Pierre-Paul Rubens et du travail sur les ombres et les lumières des caravagesques, son œuvre peinte est abondante et variée, constituée de compositions religieuses, sujets mythologiques ou allégoriques, scènes de genre, natures mortes, portraits et académies. C’est à la fin de son séjour génois que Bernardo Strozzi a peint cette Sainte Cécile et l’ange. Dans un geste enlevé, l’artiste utilise une palette de couleurs de rouge, bleu et doré rehaussé de jeux d’ombres et de lumière donnant une présence aux personnages dont la forte expressivité est sensible.

Sainte Cécile est la patronne de la musique, des musiciens, des compositeurs, des luthiers et des poètes. Personnage du 11e siècle, elle possédait tous les dons de grâce, de beauté et d’innocence qu’une jeune fille pouvait avoir. Riche et cultivée, elle avait un talent tout particulier pour la musique. Selon la légende dorée de Jacques de Voragine (13e siècle), très jeune, elle voua sa vie à Dieu et fit vœu de virginité. Contre son gré, elle fut mariée à un jeune romain nommé Valérien. Dans la chambre nuptiale, elle convertit le jeune homme au christianisme et elle le convainquit de recevoir le baptême avec son frère Tiburce. Les deux frères furent dénoncés et eurent la tête tranchée. Peu de temps après, Cécile fut arrêtée et amenée devant le préfet pour avoir enterré les corps de son mari et de Tiburce. Le choix lui fut laissé entre la vénération des dieux païens ou la mort. Ne cédant pas, Cécile eut la tête tranchée. À sa vue, le soldat envoyé frappa à trois reprises, mais en vain. Abandonnée et profondément mutilée, elle rendit son dernier soupir trois jours plus tard.

Judith18 et 19 juillet : répétitions ouvertes